Me reconnaîtras-tu quand tu me reverras ?
Le temps aura tourné comme tourne la vie
Sur son manège triste où elle nous convie,
Quand, de tes yeux gris vert, tu me regarderas.

Peut-être seras-tu, hélas ! Déjà trop grande
Pour que, main dans la main, comme autrefois tous deux,
Nous allions, père et fille, à la plaine de jeux ;
Alors je pleurerai sans que cela s’entende.

Quelques années déjà ont passé, mon enfant,
Où je n’ai pu te voir ni grandir ni sourire,
Où je ne t’ai signé combien j’aime ton rire,
Où tu ne m’as serré sur ton cœur triomphant.

Tu me verras voûté, je te trouverai grande,
Vieux, tu me trouveras, belle, je te verrai,
Tu courras dans les champs, marchant, je te suivrai,
Sous le ciel du midi qui fleure la lavande.

Jamais, malgré le temps, un jour, tu le sauras,
Je ne t’ai oubliée ; et si la vie vacille…
Je te reconnaîtrai… Mais alors, toi, ma fille,
Me reconnaîtras-tu quand tu me reverras ?